🎼 Série : À la découverte du Requiem de Mozart
Pourquoi tant de compositeurs ont-ils écrit un Requiem ?
Commande officielle, hommage à un être cher, deuil personnel ou volonté de transmettre un message de paix : découvrez pourquoi Ockeghem, Mozart, Berlioz, Brahms, Verdi, Fauré, Britten et d’autres compositeurs ont écrit leurs Requiems.
Cet article constitue le troisième volet de notre série consacrée au Requiem. Après avoir expliqué ce qu’est un Requiem et retracé son évolution, du chant grégorien aux grandes œuvres pour chœur et orchestre, intéressons-nous aux raisons qui ont conduit tant de compositeurs à écrire leur propre Requiem.
Pourquoi tant de compositeurs ont-ils écrit un requiem ?
De nombreux requiems ont été composés sur commande, pour commémorer des disparus ou leur rendre hommage. D’autres sont nés d’un deuil personnel, d’une réflexion sur la mort ou d’un désir de réconforter les vivants.
Au fil des siècles, le requiem a également quitté le seul cadre liturgique pour trouver sa place dans les salles de concert. Il est ainsi devenu un genre musical à part entière, apprécié des compositeurs, des chanteurs, des chefs et du public.
Voici quelques exemples qui montrent dans quelles circonstances certains des requiems les plus connus ont été composés.
Des requiems aux histoires très différentes
Considéré comme le plus ancien arrangement polyphonique de la messe des morts parvenu jusqu’à nous, le Requiem de Johannes Ockeghem est conservé dans le Codex Chigi à la Bibliothèque du Vatican. Les circonstances de sa composition restent incertaines : il aurait pu être écrit pour les funérailles du roi Charles VII en 1461 ou, selon une autre hypothèse, après la mort de Louis XI en 1483.
La commande du Requiem en ré mineur K. 626 passée à Wolfgang Amadeus Mozart en 1791 reste, quant à elle, entourée de mystère et a donné naissance à de nombreuses légendes. Nous reviendrons sur cette histoire dans le prochain article de notre série.
Hector Berlioz compose sa Grande Messe des morts en 1837 à la suite d’une commande officielle destinée à commémorer les victimes de la révolution de Juillet 1830. La cérémonie initialement prévue est finalement annulée. L’œuvre est créée quelques mois plus tard aux Invalides, lors d’un service en mémoire du général Charles-Marie Denys de Damrémont et des soldats français morts pendant le siège de Constantine, en Algérie.
Le décès de la mère de Johannes Brahms en février 1865 a probablement influencé la composition de son Requiem allemand, sans que l’œuvre puisse être considérée uniquement comme un hommage personnel. Contrairement aux messes latines traditionnelles, cette composition non liturgique utilise des textes bibliques choisis par Brahms lui-même dans la Bible allemande. Elle s’adresse avant tout aux vivants et cherche à apporter du réconfort à ceux qui sont dans le deuil.
Giuseppe Verdi compose sa Messa da Requiem en hommage à Alessandro Manzoni, écrivain et figure majeure de la culture italienne qu’il admirait profondément. L’œuvre est créée à Milan le 22 mai 1874, à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Manzoni.
Le Requiem d’Antonín Dvořák répond à une tout autre motivation. Commandé par le Festival de musique de Birmingham, il est créé en Angleterre le 9 octobre 1891 sous la direction du compositeur. L’œuvre ne semble pas liée à un deuil particulier, mais propose une réflexion profondément personnelle et spirituelle sur la mort et l’espérance.
Gabriel Fauré commence à composer son Requiem dans une période marquée par la disparition de son père, en 1885, puis de sa mère, à la fin de l’année 1887. Ces deuils sont souvent rapprochés de la naissance de l’œuvre, mais Fauré a lui-même expliqué que son Requiem n’avait été écrit « pour rien — pour le plaisir, si j’ose dire ». Il ne faut donc pas le présenter comme un hommage direct à ses parents.
Le War Requiem de Benjamin Britten est composé pour la consécration de la nouvelle cathédrale de Coventry en 1962. L’ancienne cathédrale avait été détruite par un bombardement pendant la Seconde Guerre mondiale. Britten, pacifiste convaincu, mêle le texte latin de la messe des morts à des poèmes de Wilfred Owen, tué pendant la Première Guerre mondiale. L’œuvre devient ainsi un puissant message contre la guerre et un hommage à ses victimes.
Enfin, le compositeur britannique David Bednall achève son Requiem en 2008. Écrite pour voix aiguës, alto solo et orgue, l’œuvre est dédiée au Chamber Choir of St Mary’s Calne, un chœur de jeunes filles qui en a réalisé le premier enregistrement.
Une tradition toujours vivante
Depuis les premiers chants liturgiques du Moyen Âge jusqu’aux grandes œuvres chorales et orchestrales contemporaines, des milliers de requiems ont été composés. Certains sont devenus des piliers du répertoire classique, tandis que beaucoup d’autres restent encore à découvrir.
Commande officielle, hommage à un disparu, expérience intime, réflexion spirituelle ou message de paix : chaque requiem porte une histoire particulière.
Dans notre prochain article, nous nous intéresserons à l’un des plus célèbres d’entre eux : le Requiem de Mozart. Comment le compositeur a-t-il reçu cette mystérieuse commande et dans quelles circonstances a-t-il commencé à écrire son ultime chef-d’œuvre ?
Vous pouvez suivre le Groupe Vocal Arpège de Bordeaux sur Facebook, Instagram et YouTube ou vous abonner à la newsletter depuis notre site internet: Abonnement Newsletter
This article is the third instalment in our series on the Requiem. After explaining what a Requiem is and tracing its evolution from Gregorian chant to major works for choir and orchestra, we now explore why so many composers chose to write a Requiem of their own.
Why Have So Many Composers Written a Requiem?
Many requiems have been commissioned to commemorate the dead or pay tribute to them. Others have arisen from personal grief, reflections on death or a desire to comfort the living.
Over the centuries, the requiem has also moved beyond its strictly liturgical setting to find a place in the concert hall. It has consequently become a musical genre in its own right, appreciated by composers, singers, conductors and audiences alike.
Here are a few examples illustrating the very different circumstances in which some of the best-known requiems were composed.
Requiems with Very Different Stories
Considered the earliest surviving polyphonic setting of the Mass for the Dead, Johannes Ockeghem’s Requiem is preserved in the Chigi Codex in the Vatican Library. The circumstances surrounding its composition remain uncertain: it may have been written for the funeral of King Charles VII in 1461 or, according to another theory, following the death of Louis XI in 1483.
The commission received by Wolfgang Amadeus Mozart in 1791 for his Requiem in D minor, K. 626 remains shrouded in mystery and has given rise to numerous legends. We will return to this story in the next article in our series.
Hector Berlioz composed his Grande Messe des morts in 1837 following an official commission to commemorate the victims of the July Revolution of 1830. The ceremony for which it was originally intended was eventually cancelled. The work was premiered a few months later at Les Invalides, during a memorial service for General Charles-Marie Denys de Damrémont and the French soldiers who died during the Siege of Constantine in Algeria.
The death of Johannes Brahms’s mother in February 1865 probably influenced the composition of his German Requiem, although the work cannot be regarded solely as a personal tribute. Unlike traditional Latin settings of the Mass, this non-liturgical composition uses biblical texts selected by Brahms himself from the German-language Bible. It is addressed primarily to the living and seeks to bring comfort to those who mourn.
Giuseppe Verdi composed his Messa da Requiem in tribute to Alessandro Manzoni, a writer and major figure in Italian culture whom he deeply admired. The work was premiered in Milan on 22 May 1874, the first anniversary of Manzoni’s death.
Antonín Dvořák’s Requiem arose from very different circumstances. Commissioned by the Birmingham Triennial Music Festival, it was premiered in England on 9 October 1891, conducted by the composer himself. The work does not appear to have been associated with a particular bereavement, but offers a deeply personal and spiritual reflection on death and hope.
Gabriel Fauré began composing his Requiem during a period marked by the death of his father in 1885 and that of his mother at the end of 1887. These bereavements are often linked to the origins of the work, but Fauré himself explained that his Requiem had been written “for no reason at all — for pleasure, if I may call it that”. It should not, therefore, be presented as a direct tribute to his parents.
Benjamin Britten’s War Requiem was composed for the consecration of the new Coventry Cathedral in 1962. The former cathedral had been destroyed in a bombing raid during the Second World War. Britten, a committed pacifist, combined the Latin text of the Mass for the Dead with poems by Wilfred Owen, who was killed during the First World War. The work thus became a powerful message against war and a tribute to its victims.
Finally, the British composer David Bednall completed his Requiem in 2008. Written for upper voices, solo viola and organ, the work is dedicated to the Chamber Choir of St Mary’s Calne, a girls’ choir that made its first recording.
A Tradition That Is Still Alive
Thousands of requiems have been composed, from the earliest medieval liturgical chants to the great choral and orchestral works of the present day. Some have become pillars of the classical repertoire, while many others are still waiting to be discovered.
An official commission, a tribute to the dead, a personal experience, a spiritual reflection or a message of peace: every requiem has its own story.
In our next article, we will explore one of the most famous of them all: Mozart’s Requiem. How did the composer receive this mysterious commission, and under what circumstances did he begin writing his final masterpiece?
Follow Groupe Vocal Arpège de Bordeaux on Facebook, Instagram and YouTube, or subscribe to our newsletter at https://groupevocalarpege.org/.




