A cappella : l’histoire de la musique sans instruments
Des hymnes de la Grèce antique aux chants religieux, puis aux répertoires classiques et contemporains, découvrez comment la musique a cappella a traversé les siècles en faisant de la voix son unique instrument.
L’expression italienne a cappella signifie littéralement « à la chapelle » ou « comme à la chapelle ». Elle désigne aujourd’hui une musique interprétée uniquement par des voix, sans accompagnement instrumental.
Le chant sans instruments est aussi ancien que l’humanité. Bien avant l’apparition de la notation musicale, les hommes utilisaient leur voix pour accompagner les rites, les célébrations, le travail et le culte. Cependant, ces traditions ayant été transmises oralement, nous savons peu de choses sur la musique elle-même.
Des voix venues de la Grèce antique
Les deux Hymnes delphiques, composés en l’honneur du dieu Apollon et datant de 128 avant notre ère, comptent parmi les plus remarquables exemples de musique notée qui nous soient parvenus de l’Antiquité. Des fragments de ces hymnes ont été découverts en 1893, gravés sur des blocs de pierre provenant du mur extérieur du Trésor des Athéniens, à Delphes. Des signes musicaux figurent au-dessus des paroles, ce qui a permis de reconstituer une partie des mélodies. Le premier hymne utilise un système de notation vocale et est généralement attribué à Athēnaios, fils d’Athēnaios. Le second, attribué à Liménios, emploie une notation instrumentale. Tous deux célèbrent Apollon et furent probablement interprétés lors d’une procession religieuse d’Athènes à Delphes. Bien que ces hymnes constituent un témoignage exceptionnel de la musique vocale dans la Grèce antique, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude qu’ils étaient interprétés sans aucun accompagnement instrumental. Ils ne peuvent donc pas être présentés comme les plus anciennes œuvres chorales a cappella conservées.
Le chant dans les premiers cultes religieux
Le chant sans accompagnement a occupé une place particulièrement importante dans les cultes juif et chrétien. Après la destruction du Second Temple de Jérusalem, en 70 de notre ère, l’usage des instruments fut généralement écarté des offices à la synagogue. Le culte juif développa d’importantes traditions de chant responsorial et antiphoné, dans lesquelles un chantre et l’assemblée — ou deux groupes de chanteurs — se répondent. Les pratiques variaient néanmoins selon les communautés et évoluèrent au fil du temps.
Les premières communautés chrétiennes placèrent également la voix humaine au centre du culte. Les instruments étaient souvent considérés avec méfiance en raison de leur association avec les divertissements profanes et les cérémonies païennes, même si les pratiques différaient considérablement selon les lieux et les époques.
Le chant sans accompagnement demeure une caractéristique importante de plusieurs traditions chrétiennes. Le culte orthodoxe byzantin, par exemple, a conservé une liturgie essentiellement vocale, tandis que certaines confessions protestantes ont également privilégié le chant sans instruments.
Du chant grégorien à la polyphonie de la Renaissance
Au Moyen Âge, les églises occidentales développèrent d’importantes traditions de chant liturgique sans accompagnement. Le chant grégorien, qui en est l’un des exemples les plus connus, est monodique : tous les chanteurs interprètent une même ligne mélodique, sans accompagnement harmonique.
À partir de la fin du Moyen Âge, la musique sacrée devint de plus en plus polyphonique, associant plusieurs lignes vocales indépendantes. Cette forme d’écriture chorale s’épanouit aux XVe et XVIe siècles dans les œuvres de compositeurs tels que Josquin des Prés, Giovanni Pierluigi da Palestrina et Tomás Luis de Victoria.
C’est en référence à ce style musical pratiqué dans les chapelles de la Renaissance que l’expression a cappella commença à être employée. Elle ne signifiait toutefois pas nécessairement que les instruments étaient totalement absents. Lors de certaines interprétations, des instruments ou un orgue pouvaient doubler les parties vocales. Le sens moderne d’a cappella, désignant un chant strictement sans accompagnement, ne s’imposa que plus tard.
À l’époque baroque, l’accompagnement instrumental prit une place croissante dans la musique d’église, notamment à travers la cantate, l’oratorio et la messe accompagnée. La musique chorale sans accompagnement ne disparut pas, mais elle ne constitua plus l’unique grand modèle de la composition sacrée.
Le renouveau du XIXe siècle
Au XIXe siècle, musiciens et musicologues redécouvrirent et interprétèrent un nombre croissant d’œuvres de compositeurs de la Renaissance. Ce regain d’intérêt pour la musique sacrée ancienne encouragea les compositeurs à explorer de nouveau l’écriture chorale sans accompagnement.
Felix Mendelssohn, Johannes Brahms et Anton Bruckner composèrent d’importantes œuvres pour chœur a cappella. Ils furent suivis par des compositeurs comme Max Reger et, en France, Florent Schmitt, qui continuèrent à développer les possibilités du chant a cappella à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Le chant a cappella aujourd’hui
De nos jours, la musique a cappella dépasse largement le cadre des traditions religieuses et classiques. On la retrouve dans le gospel, le jazz, le barbershop, les musiques traditionnelles, la pop, le rock, la country, le rap et bien d’autres styles contemporains.
Les groupes modernes utilisent leur voix non seulement pour chanter les mélodies et les harmonies, mais aussi pour imiter les lignes de basse, les percussions et les sonorités instrumentales. Le beatboxing, les arrangements vocaux et les techniques d’enregistrement ont encore élargi le champ des possibilités.
Des hymnes antiques et du chant médiéval aux arrangements pop et aux percussions vocales, la musique a cappella n’a cessé d’évoluer. Avec pour seul instrument la voix humaine, les chanteurs peuvent créer le rythme, l’harmonie, les textures et l’émotion, faisant du chant a cappella l’une des formes musicales les plus anciennes, mais aussi les plus polyvalentes.
Vous pouvez suivre le Groupe Vocal Arpège de Bordeaux sur Facebook, Instagram et YouTube ou vous abonner à la newsletter depuis notre site internet: Abonnement Newsletter
A Cappella: The Story of Music Without Instruments
The expression a cappella comes from Italian and literally means “in the chapel” or « as in the chapel ». Today, it describes music performed by voices alone, without instrumental accompaniment.
Singing without instruments is as old as humanity itself. Long before musical notation existed, people used their voices to accompany rituals, celebrations, work and worship. However, because these traditions were transmitted orally, very little is known about the music itself.
Voices from Ancient Greece
Among the most remarkable surviving examples of notated music from Antiquity are the two Delphic Hymns, composed in honour of the god Apollo and dating from 128 BCE.
Fragments of the hymns were discovered in 1893, carved into stone blocks from the exterior wall of the Athenian Treasury at Delphi. Musical symbols appear above the words, allowing part of the melodies to be reconstructed.
The first hymn uses a system of vocal notation and is generally attributed to Athēnaios, son of Athēnaios. The second, attributed to Limenios, uses instrumental notation. Both celebrate Apollo and were probably performed during a religious procession from Athens to Delphi.
Although the hymns provide exceptional evidence of vocal music in Ancient Greece, we cannot be certain that they were performed entirely without instrumental accompaniment. They should therefore not be described unequivocally as the earliest surviving a cappella choral works.
Singing in Early Religious Worship
Unaccompanied singing became particularly important in Jewish and Christian worship.
After the destruction of the Second Temple in Jerusalem in 70 CE, the use of instruments was generally avoided in synagogue services. Jewish worship developed strong traditions of responsorial and antiphonal singing, in which a leader and the congregation — or two groups of singers — responded to one another. Practices nevertheless varied between communities and evolved over time.
The earliest Christian communities also placed the human voice at the centre of worship. Instruments were often viewed with suspicion because of their association with secular entertainment and pagan ceremonies, although practices differed considerably according to place and period.
Unaccompanied singing remains an important feature of several Christian traditions. Byzantine Orthodox worship, for example, has preserved a predominantly vocal liturgy, while certain Protestant denominations have also favoured singing without instruments.
From Gregorian Chant to Renaissance Polyphony
During the Middle Ages, Western churches developed extensive traditions of unaccompanied liturgical singing. Gregorian chant, one of the best-known examples, is monophonic: all the singers perform the same melodic line without harmonic accompaniment.
From the late Middle Ages onwards, sacred music became increasingly polyphonic, combining several independent vocal lines. This form of choral writing flourished during the 15th and 16th centuries in the works of composers such as Josquin des Prez, Giovanni Pierluigi da Palestrina and Tomás Luis de Victoria.
It was in connection with this Renaissance chapel style that the expression a cappella came into use. However, it did not necessarily mean that instruments were completely absent. In some performances, instruments or an organ may have doubled the vocal parts. The modern understanding of *a cappella* as strictly unaccompanied singing became firmly established only later.
During the Baroque period, instrumental accompaniment became increasingly prominent in church music through forms such as the cantata, the oratorio and the accompanied mass. Unaccompanied choral music did not disappear, but it was no longer the only major model for sacred composition.
The 19th-Century Revival
During the 19th century, musicians and scholars rediscovered and performed a growing number of works by Renaissance composers. This renewed interest in older sacred music encouraged composers to explore unaccompanied choral writing once again.
Felix Mendelssohn, Johannes Brahms and Anton Bruckner composed important works for unaccompanied choir. They were followed by composers such as Max Reger and, in France, Florent Schmitt, who continued to develop the possibilities of *a cappella* singing during the late 19th and early 20th centuries.
A Cappella Today
Today, a cappella music extends far beyond religious and classical traditions. It can be found in gospel, jazz, barbershop, folk, pop, rock, country, rap and many other contemporary styles.
Modern groups use their voices not only to sing melodies and harmonies, but also to imitate bass lines, percussion and instrumental sounds. Beatboxing, vocal arrangements and recording techniques have expanded the possibilities even further.
From ancient hymns and medieval chant to pop arrangements and vocal percussion, a cappella music has constantly evolved. With nothing but the human voice, singers can create rhythm, harmony, texture and emotion — making it one of the oldest and, at the same time, most versatile forms of music.
Follow Groupe Vocal Arpège de Bordeaux on Facebook, Instagram and YouTube, or subscribe to our newsletter at Inscription Newsletter








